Caroline Sarrazin : Débat de clôture « Questions de Sciences, enjeux citoyens » (Île-de-France)

Caroline Sarrazin : Débat de clôture « Questions de Sciences, enjeux citoyens » (Île-de-France)

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QSECeau
Annonce de la thématique QSEC de la saison 2013-2014 sur l’eau.

 

Mis en place depuis 2011 par le Conseil régional d’Île-de-France, le dispositif « Questions de Sciences, Enjeux Citoyen » (QSEC) invite chaque année plus de 1000 franciliens à réfléchir et débattre sur une thématique commune. La saison 2013-2014 s’est consacrée au thème de l’eau, « enjeu crucial pour toute la société » (QSEC, brochure 2013). Après huit mois de dialogues entre experts et scientifiques ainsi que de visites sur divers lieux interrogeant les pratiques actuelles, chaque groupe de citoyens  de profils distincts – lycéens, associations, collectifs, habitants jeunes et moins jeunes  –   ont été conviés le 4 juin 2014 à une dernière séance de débats. Ainsi, ce rendez-vous a permis de clore les différents parcours de réflexion.

Le rés’EAU P10, convié au débat de clôture, vous propose de revenir sur les points forts de cette demi-journée… En attendant la prochaine saison !

La séance a été introduite par Madame Isabelle This Saint-Jean, Vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France chargée de la recherche et de l’enseignement supérieur. Son discours s’est principalement orienté vers le manque d’échanges d’idées, entre des citoyens concernés par les problématiques environnementales, et les experts et scientifiques, dont les efforts fournis en faveur d’une vulgarisation scientifique sont visibles, mais insuffisants. Elle admet tout de même la difficulté d’organisation de tels débats, comme celui du 4 juin, même si finalement ils connaissent un franc-succès. L’introduction s’est terminée par une brève présentation du dispositif proposé à l’échelle de la région Île-de-France, comme l’une des premières solutions au développement de projets de culture scientifique, de réflexion et débat.

Animé par Mathieu Vidard, présentateur de la « tête au carré » (une émission scientifique de France Inter), le débat de clôture entre habitants et scientifiques, s’est organisé en trois parties (d’une durée de 40 minutes chacune), regroupant systématiquement les dix principales problématiques liées à l’eau retenues par les groupes de parole.

Pour la première partie du débat, les citoyens et experts se sont concentrés sur les thèmes relatifs à la qualité de l’eau et aux multiples enjeux sous-jacents. Ainsi, associations et collectifs, architectes et lycéens, appuyés par Yves Lévi, Professeur de santé-publique-environnement et membre du Conseil de la saison EAU du QSEC, ont évoqué à tour de rôle, aussi bien les problèmes de pollutions de l’eau, visibles et invisibles, que ceux touchant aux réseaux de distribution et d’assainissement de l’eau (coût inégaux ; répartition aberrante des réseaux de distribution d’eau). Face aux nombreuses interrogations sur les problèmes écologiques et environnementaux, les intervenants ont recentré le débat sur les solutions alternatives et/ou techniques envisageables dans le but de garantir un traitement et une distribution de l’eau « économiques et respectueux de l’environnement ».

Le deuxième volet de la séance, quant à lui, s’est principalement consacré à la gestion locale de l’eau. En premier lieu, le premier sujet retenu correspond à l’adaptation des sociétés à leur milieu : consommation excessive ; production non locale et/ou hors saison ; surconsommation de pesticides, engrais et intrants. Les discussions ont insisté : d’une part, sur la responsabilité de chaque acteur, qu’il s’agisse d’agriculteurs, de citoyens exploitant un jardin individuel, d’élus communaux ; d’autre part, sur la solution partielle du « consommer biologique », qui permet certes d’empêcher certaines formes de pollution sur les ressources en eau, mais ne remédie absolument pas ni aux problèmes de la consommation de produits non locaux, ni de consommation excessive de l’eau dans certaines zones géographiques, inscrites sur la liste rouge des zones de raréfaction et/ou de pérennité faible de l’eau. Au fur et à mesure de la séance, les citoyens ont évoqué leurs inquiétudes concernant les impacts potentiels de l’utilisation des compteurs dits « intelligents » (eau, gaz, d’électricité) ou télé-relais, fonctionnant par ondes-électromagnétiques. En lien avec les nouveaux compteurs, les citoyens ont exprimé leurs inquiétudes face à l’élévation croissante des coûts de l’eau. Bernard Barraqué, Socio-économiste et spécialiste de la prospective et de la gestion des ressources en eau, a répondu à ces diverses craintes, en expliquant qu’il s’agit plus de problèmes culturels français : la méconnaissance des structures d’assainissement et distribution de l’eau justifie certainement ce type de réactions. Il a également insisté sur l’importance de la participation citoyenne (en milieux rural et urbain) comme remède aux nombreuses contraintes liées à la ressource hydraulique. Selon lui, le développement fulgurant des initiatives citoyennes de Los Angeles est exemplaire.

La troisième et dernière partie de la séance a pris une direction tout à fait différente puisqu’elle a permis aux intervenants d’évoquer les thèmes de la gouvernance de l’eau et des enjeux internationaux. Si pour certains, les vrais problèmes actuels et futurs concernent le manque d’eau croissant dans de nombreuses régions du globe, pour d’autres citoyens et spécialistes, les inquiétudes reposent aussi sur la marchandisation de l’eau, ressource naturelle pourtant vitale pour l’existence de chaque être humain. Des notions fortes, telles que « bien commun » et « bien inaliénable », ont été ainsi éclaircies dans ce dernier débat et restent encore controversées : peut –on gérer une ressource perçue comme un « bien commun » par un service public ?  Dans un tel cas,  ne devrait-on pas employer la notion de « bien public » ? Les scientifiques ont d’ailleurs précisé deux points à ce sujet. Premièrement, la notion de « bien commun » appliquée à la ressource en eau n’évacue absolument pas les rapports de conflits, car le partage est souvent inéquitable. En outre, il paraît incertain que la gestion communautaire, à l’échelle locale, résolve tous les problèmes autour de la ressource en eau.

En guise de conclusion à ce dernier volet thématique, Olivia Aubriot, Agro-ethnologue et chargée de recherche au CNRS (Centre d’Etudes Himalayennes), a insisté sur l’importance du rôle des rapports de pouvoir qui se jouent autour des ressources naturelles. Elle a d’ailleurs précisé que cette problématique est souvent marginalisée des études sur la ressource en eau, alors qu’elle révèle parfaitement bien l’organisation hiérarchique de chaque société.

Le débat du 4 juin 2014, organisé dans l’Hémicycle du Conseil régional d’Île-de-France, s’est achevé par les mots de Corinne Larue, présidente du Conseil Scientifique de l’Agence Seine-Normandie et directrice de l’Institut d’Etudes d’Urbanisme de Paris, ainsi que de Ghislain de Marsily, Professeur émérite à l’Université Pierre et Marie Curie et à l’Ecole des Mines de Paris, membre de l’Académie des Sciences et du Conseil Scientifique de la saison EAU de QSEC. Tous deux ont rappelé à quel point la thématique de l’eau constitue l’un des enjeux forts du XXIème siècle, qui plus est avec les problématiques actuelles des changements climatiques. La ressource en eau concerne tout le monde et les problèmes qui en ressortent se retrouvent à toutes les échelles géographiques.

A l’image du QSEC, de telles rencontres entre citoyens de tous milieux sociaux, scientifiques et experts doivent régulièrement être organisées, surtout sur le long terme.

Pour citer cet article : Caroline Sarrazin, « Compte-rendu : débat de clôture « Questions de Sciences, enjeux citoyens » (Île-de-France) », Billet court, Rés-EAU P10/ Water Network P10, Publié le 17 juin 2014, [En ligne] http://reseaux.parisnanterre.fr/Compte-rendu : débat de clôture « Questions de Sciences, enjeux citoyens » (Île-de-France)

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