Caroline Sarrazin : CR du vernissage de l’exposition « Phot’EAUX : le cycle hydrosocial », à l’Agora de Nanterre le 6 mai 2014

Caroline Sarrazin : CR du vernissage de l’exposition « Phot’EAUX : le cycle hydrosocial », à l’Agora de Nanterre le 6 mai 2014

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À l’occasion de l’exposition Phot’EAUX présentée à l’Agora – la maison des initiatives citoyennes – de la ville de Nanterre (Haut-de-Seine) du 6 mai au 26 mai 2014, le Rés-EAU P10 a organisé deux grands événements autour des enjeux de l’eau. Ils ont tous deux rassemblés un public très diversifié, sensible à l’art photographique et à son utilisation à des fins scientifiques.

Retour sur le déroulement de la première soirée de rencontres et d’échanges…

Le 6 mai dernier, à l’occasion du vernissage de l’exposition, une dizaine de personnes issues du milieu académique – chercheurs, étudiants – mais également des photographes et citoyens de la ville de Nanterre se sont déplacés. Cet événement a débuté par une présentation des travaux scientifiques de membres du Rés-EAU P10 : deux doctorants en Géographie, Kévin de la Croix et Ornella Puschiasis, ainsi que Véronica Mitroi, docteur en Sociologie. Le public a été invité à suivre chaque intervenant au fil de l’exposition, à se tourner vers leurs photographies exposées sur de grands panneaux aux thèmes évocateurs – eaux et techniques, eaux et paysages, eaux et acteurs, eaux et pouvoirs » –, et à échanger autour de leurs expériences photographiques sur leur(s) terrain(s) d’étude : quelles sont les principales fonctions qu’un chercheur donne à l’outil photographique ?  Pour quels objectifs ? Quels sont les ressentis de chacun lors de l’utilisation d’un tel outil ?

Kevin
Intervention de Kévin de la Croix autour de sa photographie « Petites mères pêcheuses ». Exposition Phot’EAUX, 6 mai 2014

En tout premier lieu, Kévin de la Croix a emmené le public dans l’univers de la pêche au Mali. Il raconte comment, lors de ses missions de terrain, il a rapidement appris à manier l’outil pour allier le contenu scientifique et esthétique , et en quoi sa pratique de la photographie complète sa démarche scientifique. Il montre en effet que la photographie permet de « penser visuellement » des enjeux essentiels de sa thèse, difficiles à expliquer à l’écrit ou à l’oral, tels les conditions d’appropriation des espaces, l’organisation hiérarchique Homme/Femme autour des pratiques de pêche. Aussi, il met en garde sur les limites des fonctions de l’outil photographique pour le chercheur : certes il est un support de communication important et valorise certains travaux de recherche, mais il ne peut se substituer à une analyse complète des phénomènes observés.

Ornella
Intervention d’Ornella Puschiasis devant sa photographie: Les glaciers, marqueurs du paysage et témoins des transformations socio-environnementales de la région de l’Everest, Exposition Phot’EAUX, 6 mai 2014

 A son tour, Ornella Puschiasis s’est tournée vers une de ses photographies (prix du jury de l’exposition « Phot’EAUX : cycle Hydrosocial de l’eau » présentée à l’Université Paris Ouest). Elle explique que l’objectif de cette prise de vue est double. Dans un premier temps, elle plante le décor, transporte le spectateur dans l’immensité des sommets enneigés de l’Himalaya népalais – à plus de 5 000 mètres d’altitude  – et surprend son regard en démontrant que la dureté du milieu n’empêche pas aux populations de s’y adapter et d’y habiter. Dans un second temps, en observant l’ensemble du paysage, le spectateur retrouve l’eau sous tous ses états physiques : solide, à travers les glaces et neiges éternelles ; gazeux, à l’instar des nuages et de la brume ; liquide, avec le ruissellement des rivières. Ornella a ensuite évoqué les conditions de la prise de vue de cette photographie, qui demande au préalable une certaine acclimatation à l’altitude et une bonne connaissance du terrain. Par ailleurs, elle explique que l’emploi de la photographie en sciences humaines et sociales permet à l’auteur une certaine prise de recul sur ce qu’il a observé, et amène souvent un autre regard au chercheur. Elle insiste aussi sur le fait que l’impression des photographies prises sur un terrain de recherche permet aussi de pouvoir les offrir aux habitants de la région afin de les remercier tout en servant de support pour les discussions parfois…

Véronica Mitroi au micro devant sa photographie: "Face à face entre un pêcheur et un pélican sur le lac de Razim " Exposition Phot’EAUX, 6 mai 2014
Véronica Mitroi au micro devant sa photographie: « Face à face entre un pêcheur et un pélican sur le lac de Razim  » Exposition Phot’EAUX, 6 mai 2014

Véronica Mitroi a également partagé ses expériences photographiques lors de son terrain de thèse en dans le delta du Danube en Roumanie. N’hésitant pas à embarquer sur les navires des marins qu’elle rencontre au fil de ses recherches, ses principales photographies illustrent la pratique et les conditions de pêche sur le fleuve Danube. D’ailleurs, pour appuyer ses explications, la photographie que Véronica a choisie de nous décrire témoigne d’une méthode ancienne de pêche et les nombreux enjeux qu’elle sous-entend aujourd’hui. Pa ailleurs, elle défend la facilité rencontrée à faire accepter l’usage de l’appareil photographique lors de ses interviews avec les pêcheurs, et revendique son utilité pour dénoncer certains problèmes que les acteurs rencontrent dans leur quotidien. La photographie peut donc être un appui pour les messages engagés que le chercheur tente de transmettre. Néanmoins, si d’après elle, la photographie permet à elle seule de transmettre efficacement un message, la légende est toutefois nécessaire pour diriger dans le bon sens son interprétation et d’éviter les fausses idées.

Ces trois interventions et les discussions successives ont permis tant au public qu’aux intervenants de s’interroger à la fois sur la photographie en tant qu’objet, la nécessité de connaître quelques techniques et les conditions d’utilisation pour le chercheur (« Peut – on tout prendre en photo? » ; « Comment les personnes photographiées réagissent-elles ? »), mais aussi de débattre sur le rôle et les fonctions qu’apporte l’outil photographique aux recherches des sciences sociales et humaines, à savoir le(s) message(s) qu’il veut transmettre.

Pour citer cet article : Caroline Sarrazin, « Compte-Rendu vernissage de l’exposition « Phot’EAUX : le cycle hydrosocial », à l’Agora de Nanterre le 6 mai 2014 » , Billet court, Rés-EAU P10/ Water Network P10, Publié le 21 mai 2014, [En ligne] http://reseaux.parisnanterre.fr/compte-rendu-vernissage-de-lexposition-photeaux-le-cycle-hydrosocial-a-lagora-de-nanterre-le-6-mai-2014/

 

 

 

 

 

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