Soutenance de Thèse par Brice Auvet sur : « Façons de gouverner et façons de faire l’eau en Crau » le 23 janvier 2019

Soutenance de Thèse par Brice Auvet sur : « Façons de gouverner et façons de faire l’eau en Crau » le 23 janvier 2019

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Pour information, Brice Auvet, doctorant en géographie  à l’IRSTEA – IRD UMR-G-eau soutiendra sa thèse intitulée : « Façons de gouverner et façons de faire l’eau en Crau » le 23 janvier 2019 à 14h00 à Montpellier sur le site de l’AgroParisTech, salle Amazone au 648 rue Jean-François Breton 34093 Montpellier

 Composition du jury :

  1. Xavier Arnauld de Sartre, Directeur de recherche, CNRS _ Rapporteur
  2. David Blanchon, Professeur, Université Paris Nanterre _ Rapporteur
  3. Mme Alice Ingold, Maîtresse de Conférences, EHESS, _ Examinatrice
  4. Gilles Hubert, Professeur, Université Paris-Est Marne-la-Vallée _ Examinateur
  5. Mme Christelle Gramaglia, Chargée de recherche, Irstea, _ Encadrante de thèse
  6. Mme Nancy Meschinet de Richemond, Professeure, Université Paul Valéry  _ Directrice de thèse
  7. Olivier Barreteau, Ingénieur en Chef des Ponts, des Eaux et des Forêts, Irstea _ Directeur de thèse

Résumé :

« Cette thèse analyse les organisations et les relations sociales qui façonnent les usages de l’eau dans la plaine de la Crau. L’approche inductive et multi-échelle explore les interactions entre acteurs humains et non-humains qui participent au gouvernement et aux pratiques de l’eau. Le travail de terrain s’est focalisé sur les dynamiques de modernisation de l’eau en Crau sur les deux derniers siècles et notamment sur celles de gestion intégrée de l’eau. Un travail d’archives historiques et contemporaines permet de situer les continuités et les discontinuités des formes de gouvernement de l’eau. Une enquête par entretiens et l’observation de réunions professionnelles ou publiques nourrit la réflexion sur les jeux d’acteurs actuels. Les généalogies, le fonctionnement des dispositifs de gouvernement ainsi que les arrangements, contournements ou oppositions qu’ils suscitent, sont analysés dans une perspective constructiviste et historique. Il s’agit ainsi d’une contribution à une political ecology du « premier monde », croisant une approche latourienne avec une étude des manières de gouverner foucaldienne.

L’eau en Crau est un objet multifacette sujet à une pluralité d’appropriations. L’irrigation gravitaire de 12 000 hectares de prairies de foin de Crau repose sur un réseau de canaux dérivant l’eau de la Durance depuis 1554, alimenté depuis 1972 par l’aménagement hydro-électrique. L’arrosage établit ainsi une frontière entre la Crau sèche des Coussouls et la Crau humide « productive ». La nappe de Crau est rechargée à plus de 70% par les infiltrations dues à ces pratiques d’arrosage. Depuis les années 1970, le développement industriel, l’agriculture intensive et l’urbanisation ont conduit à une exploitation croissante de cette nappe. Elle approvisionne actuellement 270 000 habitants et est considérée comme vulnérable, notamment du fait de son alimentation dépendante de la production de foin. La nappe fait ainsi l’objet de dispositifs de gestion destinés à protéger la ressource par une démarche territoriale.

L’étude de l’articulation des savoirs techno-scientifiques spécifiques avec les manières de gouverner l’eau dans le temps long met en lumière un réseau hétérogène d’êtres et d’objets qui ont interagit pour moderniser l’eau. La « modernité » s’entend ici comme un idéal émancipateur fondé sur une augmentation de l’objectivité, de l’efficacité, de la rentabilité et de la formalisation (Latour, 2004). Cette recherche analyse comment les différentes manières de moderniser l’eau transforment la matérialité même de l’eau. L’étude des constructions matérielles, symboliques ou encore normatives qui sous-tendent et territorialisent les dispositifs de modernisation du gouvernement de l’eau est associée à celle des arrangements, des adaptations et des résistances qu’ils produisent en retour. C’est dans cette tension entre les façons de gouverner et les façons de faire que se situe le cœur et l’apport empirique de la thèse.

Trois vagues de modernisation de l’eau sont identifiées à partir du cas de la Crau. A la suite de la Révolution Française, la première vague vise à conquérir et «mettre en valeur» la Crau. L’Etat impose ainsi progressivement un règlement des eaux et soutient la mise en culture des Coussouls par des acteurs privés. Dans les années 1950, la deuxième vague est mise en œuvre pour reconstruire la France. Elle porte un discours d’abondance hydraulique. Depuis les années 1990, une troisième vague met l’accent sur la rareté de l’eau et la vulnérabilité de ses usages et appelle à leur gestion intégrée. La vivisection du dispositif de gestion de la nappe de Crau permet d’explorer son fonctionnement dans son versant formel comme ses pratiques informelles. Les discours de crise de l’eau se révèlent partie intégrante de la gestion. Ils sont déployés pour mobiliser des acteurs historiques et des usagers, les enrôlant dans une nouvelle gouvernementalité avec laquelle ils doivent composer. »

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