Soutenance de thèse de Mariem Baccar Ben Lamine en sciences agronomiques

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Soutenance de la thèse de doctorat en sciences agronomiques

Evaluation de la durabilité et des processus d’adaptation des exploitations agricoles familiales en lien avec les ressources en eau souterraine et le développement des filières agricoles : cas de la plaine du Saïs (Maroc)

par Mariem Baccar Ben Lamine

Jeudi 06 juillet 2017 à 9h00

Lieu : Montpellier SupAgro, 2 place Pierre Viala 34060 Montpellier CEDEX 2, salle Amphi 208 cœur d’école

Résumé : 

Les modèles d’agriculture basés sur un recours massif aux ressources non renouvelables et l’intensification des systèmes de production montrent des limites susceptibles de remettre en cause l’objectif commun de développement durable. Pourtant ces modèles agricoles se développent dans la plaine du Saïs au Maroc, notamment dans les exploitations agricoles familiales. Ils apparaissent avec le développement de filières rémunératrices conduites intensivement en recourant à l’irrigation et aux intrants de synthèse (engrais minéraux, pesticides) Cette dynamique a conduit à une surexploitation et une pollution des nappes souterraines et à la fluctuation des prix des produits agricoles en fruits et légumes. La durabilité des exploitations familiales, se trouve ainsi questionnée, d’autant que la politique agricole de l’Etat marocain encourage les agriculteurs à l’intensification. Ce questionnement général a été décliné en trois sous-questions de recherche, abordant chacune la durabilité des exploitations agricoles familiales sous un angle différent. Ces sous-questions ont été explorées sur un même échantillon de 40 exploitations, choisies pour leur diversité de système de production, en mobilisant différents outils d’analyses.

Dans un premier temps la durabilité des exploitations agricoles a été analysée sous l’angle de leur diversité actuelle et leurs dynamiques d’évolution depuis 60 ans. Sept types de trajectoires d’évolution ont été identifiés en fonction de plusieurs moteurs internes et externes aux exploitations tels que la sécheresse, la disponibilité des eaux souterraines, l’accès au financement privé ou l’accès aux marchés. Ces trajectoires ont débouché sur trois principaux types actuels d’exploitations se différenciant par leurs activités de production. T1 regroupe des exploitations proches du système traditionnel initial, sur des terres n’ayant pas d’accès à l’eau ; T2 rassemble des exploitations ayant accès à l’irrigation et maintenant une diversité de productions ; T3 rassemble des exploitations spécialisées en maraichage, arboriculture ou lait.

Dans un second temps la durabilité des exploitations agricoles familiales a été évaluée et à ses déterminants formalisés, en mobilisant un regard de chercheur. Cette analyse s’est basée sur une méthode d’évaluation de la durabilité (IDEA), adaptée au contexte du Saïs. La durabilité environnementale dépend de la diversification des activités et de l’autonomie de l’exploitation, la durabilité socio-territoriale est liée au degré d’engagement de l’agriculteur dans les dynamiques territoriales, et la durabilité économique est fonction du système de production et des facteurs structurels de l’exploitation. Cependant, la tendance générale montre un antagonisme entre durabilité environnementale et durabilité économique, très peu d’exploitations présentant des scores élevés sur ces deux piliers.

Dans un troisième temps les perceptions qu’ont les agriculteurs du concept de durabilité et la manière dont elles se traduisent dans leurs stratégies de gestion sont étudiées. Un premier groupe d’agriculteurs perçoit la durabilité à travers la combinaison entre rentabilité et maintien des ressources naturelles de l’exploitation. Ils mettent en œuvre une stratégie de sécurisation du revenu à l’aide de pratiques peu intensives. Un deuxième groupe lie la durabilité à la rentabilité et l’adaptation aux changements externes à l’exploitation. Ils appliquent une stratégie de valorisation de la flexibilité de l’exploitation pour saisir les opportunités du milieu. Enfin, un troisième groupe perçoit la durabilité à travers la réalisation d’un modèle agricole moderniste. Ils réalisent une stratégie entrepreneuriale par la maximisation de leur revenu.

Cette étude montre à la fois des points de divergence et de convergence entre chercheurs et agriculteurs sur le concept de durabilité et sa mise en œuvre en agriculture, par exemple sur les pratiques de production ou l’accès aux ressources naturelles. Pour combler cet écart de perceptions entre les différentes parties prenantes, des mesures de régulation environnementale, de vulgarisation et d’accompagnement doivent être envisagées collectivement, par les agriculteurs, les pouvoirs publics et la recherche.

Mots clés : durabilité, agriculture familiale, trajectoire d’évolution, évaluation de la durabilité, perceptions, Maroc

Composition du Jury :
Elies Hamza, Pr, INAT (Tunis) – Rapporteur
Ali Daoudi, MCF, ENSA (Alger) – Rapporteur
Fatima Zahid, Pr, ENA (Meknès) – Examinatrice
Jean-Yves Jamin, Chercheur, Cirad – Examinateur
Ahmed Bouaziz, Pr, IAV Hassan II (Rabat) – Directeur de thèse
Pierre-Yves Le Gal, Directeur de recherche, Cirad – Directeur de thèse

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