Appel à articles de la revue DD&T : « Les objets techniques liés à l’eau à l’épreuve du cycle hydrosocial », deadline 10/06/18

Appel à articles de la revue DD&T : « Les objets techniques liés à l’eau à l’épreuve du cycle hydrosocial », deadline 10/06/18

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La revue Développement durable et territoires (DD&T) lance un appel à contributions pour la publication d’un dossier thématique intitulé :

« Les objets techniques liés à l’eau à l’épreuve du cycle hydrosocial »

Les travaux portant sur les hydrosystèmes et les infrastructures hydrauliques ont progressivement intégré la dimension hybride de l’eau et des objets associés. La notion de cycle hydrosocial de l’eau a en particulier contribué à formaliser une plus grande intégration des dimensions culturelles et historiques et à reconnaître l’eau comme une co-production de la nature et des sociétés. J. Budds et J. Linton (2014) ont ainsi défini le cycle hydrosocial comme « a socio-natural process by which water and society make and remake each other over space and time ». Ils précisent qu’à travers la notion de cycle hydrosocial, ils cherchent à « transcend the dualistic categories of ‘water’ and ‘society’, and employ a relational-dialectical approach to demonstrate how instances of water become produced and how produced water reconfigures social relations ». Au cœur de ces processus se trouvent les rapports de pouvoir, largement étudiés par des auteurs comme E. Swyngedouw (2004) ou plus récemment lors d’un numéro spécial de la revue Water Alternatives (2016) : Water, infrastructure and political rule (Obertreis et al., 2016).

Dans cet appel, nous souhaitons prendre comme point d’entrée du cycle hydro-social non pas les relations de pouvoir, mais bien les objets techniques. Car si Budds et Linton, écrivent de manière un peu provocante que l’eau dans le cycle hydrosocial est toujours « produite », c’est bien qu’elle est toujours et avant tout liée à un objet technique. C’est par les objets techniques que se déterminent les types d’acteurs qui ont accès, contrôlent et maitrisent la ressource. Présenter les objets techniques au regard du cycle hydrosocial, c’est aussi rendre compte des représentations que se font les acteurs de la ressource hydrique, intégrant les contextes naturel, social et politique dans lequel ils se trouvent, mais aussi des enjeux sociaux qui dépassent les strictes dimensions techniques du cycle de l’eau. Au-delà de la ressource hydrique, voire de la seule matérialité de l’eau, c’est bien à travers les objets techniques, que s’expriment des dynamiques sociales ainsi que les rapports que les sociétés entretiennent à leur environnement.

Cet appel s’inscrit évidemment dans une approche renouvelée des objets techniques, telle qu’elle a été formulée par les Science and Technologies Studies. Il s’agira notamment d’analyser la place de ces objets dans les collectifs ainsi que la manière dont ils participent à la transformation des relations sociales, économiques et politiques (Barbier et Trepos, 2007). Pour cela, tous les objets techniques liés au sens large à l’eau sont visés. Ils peuvent être mis en œuvre par des acteurs publics ou privés et se déployer à des échelles spatiales et temporelles variées. Il peut s’agir des infrastructures d’approvisionnement ou de stockage de la ressource en eau (système d’irrigation, dispositif de puisage, réservoirs, …) ou des dispositifs permettant le contrôle de son usage (compteurs d’eau, …). L’ensemble des canalisations qu’il s’agisse des réseaux de transport de l’eau potable, des réseaux d’assainissement ou encore des canaux de navigation, peut être aussi examiné. Sont également concernés les aménagements visant à gérer les risques : inondation (digues, levées, barrages, bassins de stockage, gestion des eaux pluviales, …), incendie (réservoirs, fontaines, …). Les barrages construits en travers des cours d’eau constituent une autre catégorie d’objet technique : de différentes dimensions (depuis les seuils ou chaussées de moulins inférieurs à quelques mètres jusqu’aux grands barrages hydroélectriques occupant le lit majeur des rivières), ils remplissent des fonctions multiples. Les relations entre technique et société pourront être abordées selon différents angles disciplinaires. La sociologie notamment, dont les débats sur l’intermédiation des objets techniques dans la construction et la modification du corps social, ont contribué à enrichir la recherche sur les Science and Technologies Studies (Latour 1987 [2005] ; Law, 1992). La sociologie décrypte des interactions jamais définitivement stabilisées entre champs de réseaux de toutes sortes, humains et non humains (Callon, 1986), à divers stades de constitution de ces réseaux, objets et collectifs (Akrich, 1987). En considérant en outre l’anthropologie qui a développé des travaux autour des techniques, de leur transfert et de l’innovation (Geslin, 2002), l’appel à contributions se focalise sur le rôle des objets techniques dans la mise en visibilité d’acteurs, de savoirs (Aubriot et Riaux, 2013), et plus généralement de pratiques qui évoluent en fonction des attentes sociales, elles-mêmes parfois définies vis-à-vis des conditions hydrologiques (assèchement des cours d’eau, baisse des niveaux des aquifères, etc.).

Les contributions pourront porter sur un ou plusieurs des questionnements suivants :

Le rôle des objets techniques liés à l’eau dans la reconfiguration des territoires. Des études de cas peuvent ici être mobilisées pour illustrer la manière dont les objets techniques participent à un bouleversement des territoires au sens large. Quelles sont les transformations spatiales produites par leur installation ? Dans quelle mesure la production et la circulation des objets techniques modifient la nature des liens qui se construisent au sein d’un territoire ? Comment les objets techniques (re)distribuent les rapports de force et les inégalités socio-économiques ?

Les controverses associées aux objets techniques. Comment rendre compte des conflits suscités par la mise en place, mais aussi le désaménagement, d’infrastructures techniques ? Comment analyser les discours (scientifiques, politiques, associatifs, locaux, …) portés par les parties prenantes sur ces aménagements et de quelle manière se confrontent-ils ? Quel est le rôle joué par les agents non-humains dans ces controverses et quels arguments développent à leur propos les protagonistes ? Quelles controverses émergent de la confrontation d’expertises (savoirs locaux, savoirs institutionnalisés, scientifiques…) autour du choix des modes d’appropriation de l’eau ?

La dimension temporelle. Comment la mise en œuvre d’objets techniques modèle de nouvelles représentations de l’eau et de l’environnement au fil du temps ? En quoi les changements de techniques hydrauliques ont-ils modifié les relations sociales, voire bouleversé des organisations socio-politiques ? Quelle est la trajectoire de ces objets du point de vue de leur appropriation par les acteurs.

Cet appel à contributions s’inscrit à la suite de la troisième édition des Doctoriales en sciences sociales de l’eau organisée à l’Université Paris Nanterre en décembre 2017. Réunissant des jeunes chercheurs de disciplines variées (archéologie, économie, géographie, histoire, sciences politiques, sociologie, …), cette manifestation scientifique offre un panorama de la recherche en sciences humaines et sociales dans le domaine de l’eau. La publication de ce dossier thématique vise à donner une plus grande visibilité à ces travaux. Cependant des contributions d’autres chercheurs (y compris « confirmés » évidemment) sont souhaitées.

Consulter l’intégralité de l’appel à articles (calendrier prévisionnel, procédure de soumission, etc.) sur le site de la revue DD&T : https://journals.openedition.org/developpementdurable/12098#tocto2n1 ou le télécharger ici : AAA_objets-techniques-eau

Date limite de réception des propositions (résumés) : 10 Juin 2018

Adresse pour l’envoi des résumés et des contributions : technique.hydrosocial.ddt@gmail.com

Coordination :

Marie-Anne Germaine, Laboratoire LAVUE UMR 7218 CNRS – Université Paris Nanterre.

David Blanchon, Laboratoire LAVUE UMR 7218 CNRS – Université Paris Nanterre.

Élise Temple-Boyer, Laboratoire LAVUE UMR 7218 CNRS – Université Paris Nanterre.

Rhoda Fofack, Laboratoire Ladyss UMR 7533– Université Paris Nanterre.

 

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